DW 07x02 - Dinosaurs on a Spaceship





Le teasing via les titres des épisodes devient une habitude dans Doctor Who. Lors de la Saison 6, nous avions Let's Kill Hitler ou bien The Wedding of River Song, des titres trompeurs qui ont à eux seuls déclenché une pluie de commentaires sur la toile. La Saison 7, de son côté, propose un exotique Dinosaurs on a Spaceship. D'ailleurs, il n'y a pas que des dinosaures sur ce vaisseau spatial, mais aussi des robots très protocolaires, des siluriens, des balles de golf et une Reine égyptienne. Clairement, nous sommes en plein épisode de Doctor Who.

Alors qu'il vient de sauver l'Egypte Antique, le Docteur reçoit un appel de détresse. Un vaissau spatial aussi grand que le Canada va bientôt s'écraser sur Terre. Ne recevant aucune réponse de la part du mystérieux navire, le Docteur décide d'embarquer clandestinement sur le vaisseau, accompagné par son nouveau gang, comme il aime l'appeler. Le groupe est constitué de la reine Néfertiti, un chasseur de gros gibier prénommé Riddell, mais aussi des Pond et d'un invité surprise: Brian Williams, le père de Rory. A partir de cette base relativement classique (même si classique est un mot bien loin des standards de Doctor Who), le scénariste Chris Chibnall articule son opus autour d'un axe simple: proposer un spectacle dévergondé et fun.

Cette notion de fun se retrouve dès le titre et le casting. Un concept aussi particulier que des dinosaures dans un vaisseau spatial, ce n'est pas banal. Heureusement, le scénariste ne se reposera pas sur cette base, et construira un scénario rythmé et agréable à suivre, rempli de petites scènes à même de satisfaire le fan le plus intransigeant. Au niveau du casting, celui-ci peut-être qualifié de fan-service. Partager une aventure du Docteur avec le père de Rory, en premier lieu, ajoute à cet épisode une aura toute particulière. Les échanges entre Monsieur Williams et son fils sont naturels, on sent une réelle alchimie entre les deux acteurs. Cet homme, d'habitude si casanier et qui se découvre une affection soudaine pour les voyages, est un personnage touchant, comme le prouve une scène finale qui lui est consacrée. Durant celle-ci, il demande au Docteur de l'emporter loin au dessus de la Terre, afin de pouvoir contempler cette dernière au beau milieu de l'espace. C'est ce genre de scène, d'une simplicité et d'une pudeur rares, que Doctor Who affirme son statut particulier de série hors-norme..

Pour en revenir au casting fan-service, quels précisions. Le père de Rory est joué par Mark Williams, connu pour son rôle dans la saga cinématographique Harry Potter, au coeur de laquelle il interprète Arthur Weasley. David Bradley est un autre transfuge de Harry Potter, dans lequel il jouait le sournois Argus Rusard. Pour Dinosaurs on a Spaceship, Bradley joue le rôle de Solomon, l'antagoniste principal de l'épisode. Le chasseur Riddell, de son côté, est joué par Rupert Graves, déjà vu dans l'autre série de Steven Moffat, Sherlock, dans laquelle il joue le rôle de l'Inspecteur Lestrade. Riann Steele, ou Néfertiti, est une actrice plus discrète, quoi que déjà aperçue dans 360, de Fernando Mereilles. Tout ce beau monde confère à l'épisode une atmosphère particulière, du moins pour le spectateur qui connaît chacun de ces individus. Celui-ci se sentirait alors presque en terrain connu, et l'épisode, par son côté "réunion de famille", en devient immédiatement sympathique.

On retrouve, dans la dynamique de cet épisode, des partis pris qui ne sont pas sans rappeler les films d'aventure de notre enfance, des films sans autre prétention que divertir, rythmés par un humour débridé et des scènes efficaces. A ce sujet, il est agréable de constater que les effets spéciaux consacrés aux dinosaures mélangent régulièrement les modèles 3D informatiques à nos bonnes vieilles maquettes. Certaines prises de vue mettant en scène les dinosaures en gros plans ne sont pas sans rappeler les anciens Star Wars, voire les films de Guillermo del Toro, grâce à l'aspect physique et palpable conféré aux bêtes. A ce sujet, l'équipe n'a pas été radine, et le spectateur a droit à un spectacle proposant des ptérodactyles, un tricératops, des raptors, sans oublier l'inévitable T-Rex. Cependant, Chibnall a été malin et a évité le piège qui consiste à faire de celui-ci la principale menace de l'épisode. La menace émane de la nature même de la mission du Docteur, à savoir empêcher le vaisseau de s'écraser sur Terre, mais aussi du trio composé de Solomon et de ses deux robots sbires. Solomon est d'ailleurs loin d'être un ennemi emblématique de l'univers de Doctor Who, mais il reste un méchant impitoyable. Voleur, assassin, responsable d'un génocide et du meurtre d'un dinosaure non justifié, Solomon déclenchera la haine du Docteur. En fin d'épisode, celui-ci fera montre d'une cruauté rare à l'encontre de son ennemi, non sans lui adresser un discours glacial, qui ferait presque office de torture psychologique. On n'avait pas vu un Docteur aussi vengeur depuis le double épisode consacré à la Famille de Sang, lors de la Saison 3.


Heureusement, cet aspect sombre est loin d'être au coeur de l'épisode. La dynamique de groupe (six personnages !) permet au scénariste d'écrire des échanges savoureux et des scènes totalement décalées. Cependant, plus encore que l'humour, la présence de nouveaux personnage permet de mettre en valeur les talents du couple Pond. Rory rappelle ainsi sa maîtrise des soins lorsque son père est blessé, tandis qu'Amy fait montre de son ingéniosité en fouillant dans les données du vaisseau. On sent d'ailleurs que petit à petit les scénaristes remettent le couple anglais sur le devant de la scène, de manière à rendre leur départ d'autant plus marquant. A deux ou trois reprises, la mise en scène se veut d'ailleurs plus grave, comme pour appuyer le départ prochain des Ponds. Enfin, les nouveaux compagnons ne sont pas juste des facilités scénaristiques. Leur faible temps de présence ne permet malheureusement pas un développement consistant de leur personnalité, et ils ne resteront que des archétypes, mais leur emploi permet une justification scénaristique. Ainsi, la Reine Néfertiti deviendra la proie du vil Solomon, tandis que Brian Williams fortifie le fait que les Pond ont une vie "réelle" en dehors de leurs aventures avec le Docteur. Chris Chibnall n'a pas choisi Néfertiti au hasard, car vers 1336 avant Jésus Christ, la reine s'est mystérieusement volatilisée. Elle n'apparaissait plus sur les représentations de l'époque, tandis que sa fille Merytaton la remplaça dans son rôle d'épouse royale. Le corps de la Reine n'a jamais été retrouvé, ce qui coïncide avec son escapade avec le Docteur.

Le fait d'inclure des éléments du quotidien d'Amy et de Rory, en nous montrant leur appartement et même un membre de leur famille, développe un point précis de la série: la vie quotidienne lorsque le Docteur n'est pas là. Cet aspect sera largement abordé dans The Power of Three, un peu plus tard.

Dinosaurs on a Spaceship est un épisode rempli de contrastes. En sélectionnant des créatures imposantes issues d'un passé reculé, et en les confrontant à un univers futuriste, l'équipe de Doctor Who nous démontre une nouvelle fois que tout est possible. De la même manière, les instants les plus graves côtoient les plus hilarants, le tout emballé dans un rythme frénétique. Alors, certes, cet épisode ne restera pas dans les mémoires pour autre chose que le fun et le plaisir coupable qu'il distille, mais il le fait de bien belle manière. Dinosaurs on a Spaceship s'impose d'emblée comme le meilleur épisode scénarisé par Chris Chibnall.

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