DW 07x03 - A Town called Mercy





Dire que A Town called Mercy était attendu relèverait de l'euphémisme. Plusieurs raisons ont fait que ce troisième épisode tiendrait un rôle primordial au coeur de cette première partie de saison. Premièrement, l'épisode se situe au milieu du run actuel, il marque ainsi, inconsciemment ou pas, le début de la fin pour les Ponds. Il représente la coupure, après un épisode plus léger comme Dinosaurs on a Spaceship, et amorce un événement que l'on sait inévitable. Le spectateur sait qu'après A Town called Mercy, il ne restera plus qu'un seul épisode avant de dire adieu à Amy et Rory. Deuxièmement, l'épisode était attendu pour son cadre. La campagne de promotion de la BBC a longtemps présenté ce chapitre comme un vibrant hommage aux westerns, l'ensemble étant sublimé par un tournage en extérieur dans des décors absolument magnifiques. Après le côté claustrophobique des deux premiers épisodes (qui prenaient place dans un asile souterrain et un vaisseau à la dérive), A Town called Mercy transpire la liberté et offre au spectateur des paysages vastes et lumineux. Revigorant. Enfin, l'épisode était attendu car il est signé de la main de Toby Whithouse, à qui l'on doit quelques jolis morceaux whoviens, tels que le nostalgique School Reunion (Saison 2) ou dernièrement le paranoïaque mais non moins sublime God Complex (Saison 6). Grâce à tous ces éléments, A Town called Mercy partait avec des bases solides. Alors, pari réussi ?

Alors que le trio composé d'Amy, de Rory et du Docteur voyageait en direction du Mexique, la maladresse de Rory conduit l'équipage vers Mercy, une petite bourgade isolée au milieu d'un désert étouffant. Le détour ne serait pas alarmant si les habitants de cette ville ne vivaient pas sous la menace d'un mystérieux individu, surnommé le Gunslinger. Véritable brute colossale, le Gunslinger est un individu mi-homme mi-machine qui recherche inlassablement un "Docteur extra-terrestre", afin de l'éliminer. A partir de ce simple postulat, l'épisode mêle habilement des scènes traditionnelles issues du western classique à des éléments propres à la science-fiction, tout en développant un thème commun: la vengeance. A Town called Mercy se présente ainsi comme la suite logique de la conclusion alarmante qui fermait Dinosaurs on a Spaceship. On découvre, dans ce troisième épisode, un Docteur rongé par la colère. Le spectateur sera surpris de voir le Seigneur du Temps cracher des ordres à l'encontre d'une créature sur laquelle il s'accordera le droit de vie ou de mort. Aussi, il est rare de voir le Docteur user de sa force physique pour obtenir ce qu'il désire, c'est donc avec stupeur que l'on assiste à une scène durant laquelle il agrippe littéralement le même personnage cité précédemment pour, quasiment, l'exécuter. Cet acte, et les différents regards jetés aux Ponds dans l'épisode précédent, annonce clairement que quelque chose est différent chez le Docteur.


A l'opposé, l'épisode amuse et implique le spectateur grâce à une tripotée de scènes hommages aux plus grands westerns du cinéma. Le scénariste n'épargne rien au spectateur, et on retrouve dans A Town called Mercy des grands classiques, comme l'arrivée en ville, sous le regard des citadins, l'entrée dans le saloon et le silence qui s'en suit, une chevauchée grisante et, bien entendu, un duel aux douze coups de midi. Bizarrement, la présence de ses scènes ressemble à un respect envers un cahier des charges strict, mais nous n'aurons pas l'occasion de revoir un épisode western de sitôt, alors le scénariste fait en sorte de satisfaire son public. De plus, l'écriture permet des envolées loufoques propres à l'univers de Doctor Who, qui se permet de s'inscrire dans la continuité des épisodes précédents (ainsi, nous découvrons que le Docteur parle le cheval, tout comme il parle le bébé dans d'autres épisodes). Parfois même, le côté décalé de la situation rappelle fortement (volontairement ou non), le cultissime Retour vers le Futur - Partie III. Enfin, il est pertinent de souligner que la réalisation se met elle aussi en "mode western", en adoptant une mise en scène propre à ce genre cinématographique. Le plan sur l'horloge de la ville tandis qu'un duel au pistolet (au tournevis ?) s'installe, la caméra qui se place entre les jambes de l'adversaire, ou bien qui monte au dessus du "portail" d'entrée de la ville, etc... Tout est là pour faire de Doctor Who un bon vieux western.

D'ailleurs, le contraire est vrai aussi, tout est là pour faire de cette histoire de western un bon vieil épisode de Doctor Who. Toby Whithouse nous parle, dans cet épisode, de manipulations génétiques, d'expériences scientifiques, de guerre éternelle, de cyborg, de vaisseau en forme d'oeuf, mais aussi et surtout de vengeance. La grande force de A Town called Mercy repose, selon moi, sur deux points. Le premier, ce sont ses personnages. Les seconds rôles sont nombreux mais, malgré leur temps d'apparition écourté, permettent de donner vie à la ville de Mercy. On retrouve des personnages clichés caractéristiques, comme le croque-mort, le pasteur ou le marshal. Mais la vedette revient bien sûr au trio principal, non pas le Docteur, Amy et Rory, mais plutôt le Docteur, l'autre docteur et le Gunslinger. Contrairement aux épisodes précédents, il n'y a pas de véritable méchant dans celui-ci. Les personnages sont réalistes, la thématique de l'épisode est loin d'être manichéenne. L'un des aspects les plus intéressants du Docteur, à savoir son ambiguïté, se retrouve transposée sur les deux nouveaux personnages avec maestria. Peut-on juger un homme sur un seul de ces crimes et occulter le bien qu'il a apporté à d'autres gens ? L'épisode n'apporte finalement pas de réponse à cette grande question morale, mais diffuse plutôt un message de tolérance.

A chaque fois, l'intrigue se délie grâce à des actes de tolérance. Le marshal de la ville refuse de condamner le Docteur, tout comme Amy rappelle à celui-ci certaines de ses valeurs. Face à ça, les personnages de l'épisode assument leurs actes. Le Docteur, bien sûr, assume son geste qui a mis fin à la Guerre du Temps (Saison 1), tandis que, lors d'une scène intimiste, Kahler-Jex partage la croyance de son peuple. Selon les gens de sa planète, l'esprit d'un mort doit gravir une montagne en portant l'ensemble des âmes qu'il a lésé au cours de sa vie. Chacun de ses actes a une conséquence. Appelons ça le karma, ou ce que vous voulez, mais tel est le message que cherche à faire passer Toby Whithouse: nos gestes sont gravés en nous à tout jamais. Ils nous hantent et nous restons enfermés auprès d'eux ad vitam. Ainsi, paradoxalement, l'épisode qui propose les paysages les plus vastes est aussi celui qui parle d'enfermement, ou d'une liberté illusoire. Le parallèle est fulgurant d'efficacité.

La seconde grande force de A Town called Mercy reste sa soundtrack. Dès les premières minutes, le compositeur Gold Murray écrase le spectateur de son talent. C'est un grand artiste, capable de dépeindre une variété d'ambiances et d'émotions. Déjà, dans l'épisode The Curse of the Black Spot (Saison 6), Murray dépeignait un monde de piraterie dont les accents sonores lorgnaient du côté d'un Hans Zimmer très Pirates des Caraïbes. Pour cette septième saison, le compositeur n'hésite pas à puiser son inspiration du côté de l'intouchable Ennio Morricone, bruits d'éperons et choeurs de l'ouest à l'appui. Ceux-ci sont d'ailleurs, lors du sacrifice final, tétanisants de beauté. Le résultat est absolument splendide. On ne le redira jamais assez, l'ambiance musicale de Doctor Who est un très grand point fort de la série.

Enfin, ce troisième épisode confirme qu'il y a bien un fil conducteur qui se tisse peu à peu tandis que le milieu de saison approche. Premièrement, c'est la troisième fois que le jour de Noël est mentionné, référence directe à l'épisode de Noël sensé introduire la nouvelle compagne du Docteur. Ensuite, mais à mon avis c'est plus anecdotique, la présence d'oeuf. Dans le premier épisode, nous avions droit aux "eggs 'terminate", aux oeufs du soufflé d'Oswin, dans le second aux oeufs de dinosaures, et dans le troisième un véritable vaisseau-oeuf. Enfin, et c'est à mon avis le clin d'oeil le plus important, on retrouve une nouvelle fois dans "A Town called Mercy", des ampoules défaillantes. Cet élément fait d'emblée penser aux Anges Pleureurs, introduits dans l'épisode Blink (Saison 3), et qui déjà révélaient leur capacité à faire défaillir les ampoules. Autant de signes qui ne font que rappeler l'issue fatale qui attend les Ponds, dans un épisode mettant en scène les Anges... D'ailleurs, il est pertinent de noter que le générique de la série devient de plus en sombre à mesure que les épisodes défilent. Le titre du premier épisode apparaissait en noir sur un fond orange clair, tandis que le titre de ce troisième épisode apparaît en blanc, sur un fond presque rouge. De là à rappeler que la lumière se coupe peu à peu pour laisser la place aux Anges Pleureurs qui arrivent, il n'y a qu'un pas.

Après le film de suspense et le blockbuster spatial, l'équipe de Doctor Who nous offre un western salvateur. Salvateur car il revient à l'essence même de la série, son personnage principal, et nous montre un développement de sa psyché toujours plus poussé. L'épisode, chiche en action, n'en reste pas moins diaboliquement rythmé, grâce à un humour bien calibré et des dialogues aiguisés. Avec A Town called Mercy, Toby Whithouse prouve qu'il est définitivement un grand conteur, capable de réunir en un seul épisode tout ce qui fait la réussite de Doctor Who.

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