DW 07x04 - The Power of Three





Et la voilà, l'avant dernière aventure du Docteur accompagné par les Ponds. Pour cet épisode, Chris Chibnall, déjà l'auteur du foutraque Dinosaurs on a Spaceship, rempile et nous livre une épopée qui déborde de nostalgie et de mélancolie. Au cours de The Power of Three, Amy conte au spectateur les tenants et aboutissants de l'année de l'invasion lente. Tout a commencé le jour où une multitude de petits cubes noirs et uniformes sont apparus sur l'ensemble de la planète. Partout. Encore plus étrange que ces apparitions saugrenues, les cubes ne faisaient rien. Indestructibles, les gens ne savaient ni d'où ils venaient, ni ce qu'ils étaient sensés faire. Bien évidemment, le Docteur était de la partie et, dans l'attente d'une quelconque réaction de ces cubes, le dernier Seigneur du Temps s'installa chez les Ponds et se força à faire preuve de ce qu'il ne posséde pas: de la patience.

Avant d'entamer cette critique, je me permets de glisser un petit mot sur le titre de l'épisode. The Power of Three fait partie de ces chapitres dont le titre s'est vu modifié quelques semaines avant la diffusion, à l'image de l'épisode Night Terrors de la Saison 6, anciennement intitulé What are Little Boys made of ?. Ainsi, avant de posséder le nom qu'on lui connaît, l'épisode dont il est question maintenant s'appelait Cubed. Si l'ancien titre est plus mystérieux que le nouveau, il faut bien avouer que l'actuel est bien trouvé si l'on place cet épisode dans la trame générale de la série. En anglais, The Power of Three fait office de double sens. Le "Three", ou "trois", fait bien entendu immédiatement penser aux trois personnages principaux, et à la manière dont ils surmontent, ensemble, toutes les épreuves. En connaissant l'issue fatale du couple, prévue dans le prochain épisode, le titre prend alors une connotation tout à fait cynique, tout comme la conclusion de l'épisode. Mais The Power of Three peut aussi faire référence à "Puissance 3" ou, en mathématiques, au volume du cube. Ainsi, en changeant tardivement le titre de l'épisode, les scénaristes évoquent à la fois la menace en cours, mais aussi le statut des personnages principaux. Plutôt pas mal.

En tant qu'avant dernière aventure commune, The Power of Three ne se prive pas de sauter à pieds joints dans une flaque de nostalgie, en citant des événements précis via des petits détails disséminés ici et là. L'exemple le plus flagrant reste cette scène durant laquelle le trio principal déguste des batonnets de poisson trempés dans de la crème anglaise, devant la télévision, référence flagrante au premier épisode de Matt Smith, Karen Gillan et Arthur Darvill, durant lequel le Docteur teste ses nouveaux goûts, et se régale avec le plat cité précédemment. Que de chemin parcouru depuis ces débuts mémorables ! L'épisode rappelle aussi, dans sa construction, la période durant laquelle Russell T. Davies dirigeait le show. A l'exemple de ses histoires, The Power of Three met en scène une étrange invasion extra-terrestre à l'échelle mondiale, tout en faisant la part belle à un cadre familial présent et une utilisation abusive des médias sociaux (journaux télévisés, Twitter !). En parlant de journaux télévisés, ceux-ci sont l'occasion d'apercevoir deux individus qui jouent leur propre rôle: Alan Sugar et Brian Cox. Alan Sugar est un homme d'affaires britannique qui, dans l'épisode, critique les ventes d'un certain Craig... De là à y voir une allusion à Craig Owens, ami du Docteur... Brian Cox lui, est un physicien anglais qui possède sa propre émission sur la chaîne BBC. Dans l'épisode, il donne son avis sur l'invasion de cubes, en avouant qu'il n'y comprend strictement rien. Bien entendu, ces deux apparitions sont plus parlantes pour le public anglais, mais c'est toujours appréciable de connaître l'identité de ces deux individus.

En ce qui concerne les cubes, il faut bien avouer qu'aborder le thème d'une "invasion lente" en tant qu'avant dernière aventure commune était un pari risqué. Comment dynamiser un épisode dans lequel la menace ne fait rien du tout ? Pour résoudre ce problème, l'équipe de Doctor Who a peaufiné un script diaboliquement bien rythmé, tout en rendant la mise en scène incroyablement inventive. L'action se déroulant sur une période temporelle très étirée, les mois sont indiqués régulièrement, en s'incrustant dans le décor de manière évidente. Ainsi "October" apparaît furtivement dans le reflet d'une vitre, "June" remplace une tranche de viande en train de griller sur un barbecue. L'incrustation n'agresse jamais le spectateur et l'épisode s'écoule de manière excessivement fluide. Les évènements s'enchaînent, ils ressemblent à des scènes de tranches de vie, mais finalement tout s'emballe peu à peu avant un final très rapide. De manière purement technique, on remarque un contraste saisissant entre l'arrivée des cubes et la manière dont elle est filmée. Les cubes sont posés sur le sol, immobiles, tandis que la caméra tourne à une vitesse folle, zoome et dézoome rapidement, ce qui dynamise finalement une scène qui serait sinon restée d'une platitude folle. Ces petites trouvailles de mise en scène valorisent l'éfficacite du script, qui alterne les situations comiques, les instant plus mélancoliques et les surprises, comme l'arrivée de la fille du Brigadier.


En voilà d'ailleurs, un autre morceau de nostalgie propre à l'épisode. Chris Chibnall amène sur le devant de la scène la fille d'un personnage icônique de Doctor Who, son ancien compagnon le Brigadier Lethbridge-Stewart. Personnage cultes des épisodes dits classiques, le Brigadier était déjà revenu en 2008, dans la série dérivée The Sarah Jane Adventures. Malheureusement, en 2011, Nicholas Courtney, l'acteur qui prêtait ses traits au personnage, nous a quitté. Dans l'épisode de la Saison 6, The Wedding of River Song, le Docteur recevait à ce sujet un coup de fil lui signalant la mort du Brigadier. Une scène-hommage à un acteur et un personnage qui figuraient parmi les plus appréciés par les fans. Dans The Power of Three, le spectateur découvre la fille du Brigadier, Kate Stewart, tout comme UNIT, une association qui lutte contre les invasions extra-terrestres. La présence de ce personnage n'est pas anodine. Elle fait en fait écho à une autre scène-clé de l'épisode, un dialogue entre le Docteur et le père de Rory, Brian. Ce dernier s'inquiète pour l'avenir de son fils, et de sa belle-fille. Il demande au Docteur ce qu'il est advenu des anciens compagnons de l'homme sans nom. Celui-ci ne cherche pas à mentir et avoue de lui même que si certains sont partis, d'autres ne sont maintenant plus de ce monde. A l'image du Brigadier. Ainsi, la présence de Kate Stewart renvoie le Docteur à la perte de ses amis, tout en suggérant qu'il fera de nouvelles rencontres. L'écriture de cet épisode est en fait beaucoup plus fine que ce que l'on pourrait croire au premier coup d'oeil.

Le seul défaut, si on pourrait le nommer ainsi, serait l'introduction des Shakri, nouvelle race extra-terrestre dont les cubes sont les émissaires. On ne sait pas grand chose d'eux. Ils possèdent des soldats (dont l'apparence n'est pas sans rappeler l'Enfant Vide, présent dans deux épisodes de la Saison 1), des cyborgs (la petite fille à la clinique) et veulent provoquer le Tally, soit l'extermination de la race humaine avant que celle-ci ne colonise l'espace. Le concept est bien trouvé, mélangeant légendes qui prennent vie (les Shakri) et critique de la dévastation engendrée par l'Homme. Mais l'épisode résonne davantage comme une sorte d'introduction aux Shakri, d'ailleurs, aucun Shakri n'est physiquement présent auprès du Docteur, l'ennemi de celui-ci s'avérant n'être qu'un hologramme. Nul doute que nous reverrons ces ennemis d'ici quelques épisodes. L'idée des cubes immobiles est plutôt originale et rejoint le travail de Steven Moffat qui a pour habitude de rendre des objets du quotidien menaçant. Je pense ici au masque à gaz, objet de protection, qui devient intimidant lorsqu'il est greffé au visage d'un enfant, ou bien aux statues d'anges, symboles elles aussi de protection, qui sont en fait des créatures abominables. Ici, les cubes, banals et communs, deviennent des armes mortelles effrayantes et imprévisibles (surtout le cube qui diffuse en boucle la danse des canards...). Chris Chibnall déroule un nouvel univers certes peu développé, mais diablement engageant.

Pourtant, comme je l'espérais, les moments les plus réussis sont les scènes intimistes entre les personnages. Le dialogue entre le Docteur et Brian bien sûr, mais aussi entre Amy et le Docteur, qui semble être un bilan de leur relation et de leurs aventures. La fin de l'épisode, d'un cynisme incroyable, dévoile un Brian vouant une confiance aveugle envers le Docteur, et prêt à lui confier la vie de ses enfants. Ceux-ci qui ont longtemps essayé de concillier leur vie quotidienne et leur vie fantastique ne savaient plus comment se placer face aux évènements. Et enfin, avec l'accord d'une famille compréhensive représentée par Biran, ils embrassent la vie avec le Docteur. En sachant que le prochain épisode marquera leurs adieux avec le Docteur, le spectateur assiste totalement impuissant à une Tragédie inévitable. C'est beau et triste à la fois.


Avant de conclure, je m'attarderai sur quelques points intriguants. Cet épisode comporte encore une fois une allusion aux oeufs, Brian suggérant que les cubes sont peut-être des oeufs aliens. Mais une scène pousse au questionnement. Pendant l'attente du Docteur, celui-ci emmène avec lui les Ponds, direction le château de Henri VIII, où nous apprenons qu'Amy se retrouve par erreur mariée au monarque. Dans l'épisode Dinosaurs on a Spaceship, Nefertiti demande à l'écossaise si elle aussi est une Reine, ce à quoi la jeune rousse répond par l'affirmative. Enfin, dans A Town called Mercy, nous apprenons que Rory a oublié son chargeur de téléphone dans la chambre du roi cité précédemment. Et si, comme je l'avais évoqué dans la critique de Dinosaurs on a Spaceship, le Docteur voyageait à l'envers après avoir assisté aux événement du dernier épisode, The Angels take Manhattan ?

The Power of Three est encore une fois un excellent épisode. Les équipes artistiques et techniques déploient avec brio toutes leurs compétences pour dynamiser un épisode qui à première vue ne parait pas vraiment palpitant. En multipliant les interactions entre les personnages mais aussi la mise en scène et les péripéties, l'épisode bénéficie d'un rythme original mais hypnotique. La diversité des tons (humour, nostalgie, etc...) procure à l'ensemble une cohésion rafraîchissante et apporte une réponse définitive concernant l'état d'esprit des Ponds, qui ne savaient plus toujours où ils en étaient. Désormais, le Grand Final se met en place, les jeux sont faits, la Tragédie est en marche. The Power of Three est un grand épisode de Doctor Who, qui mêle l'intime au grandiloquent, l'absurde au terrifiant, l'humour à la mélancolie. La Fin est proche.

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