DW 07x07 - The Rings of Akhaten



La rencontre entre le Docteur et Clara ouvre à cette dernière tout un champ de destinations aussi insolites qu'exotiques. Devant les possibilités infinies offertes par le TARDIS, la jeune Clara hésite, telle une enfant à qui l'on proposerait un vaste choix de confiseries. C'est finalement vers un système stellaire éloigné que le Docteur va mener sa nouvelle compagne, et plus précisément vers les Anneaux D'Akhaten, un ensemble de sept planètes qui gravitent autour d'une gigantesque étoile. Bien vite, le duo rencontre la jeune Merry, une enfant sur qui repose l'avenir des Anneaux D'Akhaten.

L'épisode est signé Neil Cross, connu pour être le créateur de la série policière Luther, une création jouissant d'un succès critique et commercial honorable. C'est la première fois que Cross travaille sur Doctor Who, pour qui il signe deux épisodes cette saison: Hide, diffusé plus tard, et ce Rings of Akhaten. Ce chapitre s'ouvre sur quelques scènes décrivant la jeunesse de Clara Oswald, ainsi que la rencontre de ses parents. Rapidement, la feuille aperçue dans l'épisode précédent, The Bells of Saint John, prend une importance considérable (même si les feuilles des deux épisodes ne sont pas exactement identiques). Cette feuille symbolise Clara, sa naissance et l'histoire d'amour qui unissait ses parents. Une histoire qui s'achève dans la douleur, via le décès de sa mère. Toute cette séquence permet de donner un background, un passé et une personnalité à cette version de Clara, qui n'est plus seulement un mystère aux yeux du spectateur, mais qui devient un personnage à part entière. C'est très bien vu, dans le sens où construire le personnage seulement autour de l'énigme qu'il représente aurait été bien creux et vain. Etant donné que cette version de la demoiselle sera la compagne permanente du Docteur, contrairement aux deux autres versions aperçues dans Asylum of the Daleks et The Snowmen, cela aurait constitué une erreur de ne pas la développer. On découvre alors un personnage hanté par le souvenir de sa mère, mais optimiste et positif. Voilà qui devrait faire du bien au Seigneur du Temps.

En arrivant sur les Anneaux D'Akhaten, le TARDIS se pose dans ce qui semble être un marché animé. Un évènement de taille est sur le point de se produire, une cérémonie visant à maintenir le dieu local endormi, aussi des célébrations sont pour l'occasion mises en place. Pour fêter l'évènement, des centaines de touristes ont fait le trajet jusqu'à Akhaten, l'occasion de croiser des dizaines de races aliens aux designs travaillés et réussis. La quasi-totalité des races présentes sont inédites, ce qui n'est pas pour déplaire au spectateur en manque d'exotisme. Il ressort de cet endroit une ambiance très "cantina", semblable à ce que l'on peut trouver dans un film comme Star Wars. Les maquillages, costumes et designs sont très variés, le Docteur croise des créatures robotiques, des monstres à l'aspect marin ou simiesque, et certains looks font regretter de ne pas côtoyer davantage ces créatures. Quelques spécimens sont très originaux, comme cette espèce de créature sans yeux, ou bien les extraterrestres qui possèdent un masque dans lequel se reflètent une myriade de lumières. L'auteur de l'épisode se permet même quelques débordements comiques, via la présence d'un alien qui salue le Docteur via un code gestuel hilarant, ou bien le marchand qui ne communique qu'en aboyant.

Rapidement, le spectateur découvre que les souvenirs et les liens affectifs sont très importants dans ce système stellaire. Le principe allant même jusqu'à servir de monnaie. Une fois encore dans la série, le thème de la mémoire et des souvenirs revient, en revêtant ici une importance capitale. Car finalement, ce sont les souvenirs et les expériences des personnages qui construisent les personnages. C'est notre passé qui fait de nous ce que nous sommes. Cette thématique servira de point d'orgue dans le développement du scénario. The Rings of Akhaten possède des airs de The Beast Below, dans le sens où le duo principal va se mettre en tête d'aider un enfant. L'épisode partage d'ailleurs d'autres points de similitudes, comme le contexte ou la construction narrative. Tout comme lorsque le Docteur rencontrait Amelia Pond et l'emmenait avec lui dans l'espace, il répète le même schéma avec Clara. Et dans les deux cas, une menace pèse sur eux. Sur Akhaten, la menace revêt en premier lieu l'apparence des Vigiles, un trio de créature humanoïdes effrayantes. Ces gardes, manifestations de la volonté d'un ennemi plus haut placé, jouissent d'un design vraiment réussi. Le trio se meut la plupart du temps de manière synchronisée, tout en parlant à travers un murmure tétanisant. Malheureusement, leur rôle de faire valoir ne leur permet pas de disposer d'un temps de présence à l'écran assez développé. Bientôt, leur chef fait son apparition, une momie enfermée dans une cage en verre, endormie depuis des millénaires. Présentée comme la grande menace de l'épisode, cette momie fait bientôt davantage rire que peur, étant donné que dès son réveil celle-ci s'agite dans tous les sens comme une banale créature sans cervelle. Mais c'est alors que survient un coup de théâtre, la fameuse momie ne faisant office que de réveil, destiné à appeler le véritable antagoniste de The Rings of Akhaten: une immense étoile dévoreuse d'âme. Tout l'épisode, jusqu'à la révélation de la vraie nature de l'étoile, est un jeu de piste qui n'a pour but que de duper le spectateur. Au début du scénario, les gardes humanoïdes habillés de rouge semblent être des ennemis, avant que l'on ne comprenne qu'il ne s'agit que de maîtres "à chanter". Viennent ensuite les Vigiles, effrayants mais trop mécaniques, qui ne sont finalement que de simples soldats sans âmes. Puis la momie, qui se révèle plus impressionnante et sauvage que dangereuse. Mais lorsque l'étoile se réveille, le spectateur comprend qu'il a été berné.

L'épisode est construit comme un film d'aventure, avec la jeune fille en détresse, des ennemis inconnus, et même la présence d'un temple aux passages secrets ! La sortie dissimulée du temple en question ne s'ouvre que lorsqu'un petit chant particulier retentit dans son enceinte. A ce sujet, la musique et les chants sont clairement au centre du récit. Le compositeur, Gold Murray, n'avait pas le droit à l'erreur sur cet épisode. Une fois de plus, il ne déçoit pas. Avant même l'arrivée sur Akhaten, plusieurs thèmes inédits retentissent. Lorsque Clara part en voyage avec le Docteur, on peut même entendre quelques notes du thème du Docteur, mais diffusées en boucle, et sur lesquelles se glisse une nouvelle mélodie. Idéal pour retranscrire musicalement la transition entre l'ancienne et la nouvelle compagne du Docteur. Les compositions possèdent même un ton oriental, notamment lors de l'ouverture de l'épisode. Les musiques d'ambiance sur Akhaten sont plus légères, et illustrent le choc des cultures entre Clara et ce nouveau monde qui s'offre à elle. Mais ce que l'on retiendra surtout des compositions de l'épisode, ce sont les chants. Deux voix se mêlent au cours de l'opus. La voix d'un homme, un gardien dont le chant doit maintenir la divinité locale (et usurpatrice) endormie, et la voix de la petite Merry, nouvelle voix sur qui tout repose. Les passages chantés interviennent régulièrement dès la seconde moitié de l'épisode, des passages accompagnés par des choeurs presque religieux. Et alors qu'on ne s'y attendait pas, l'épisode nous balance au visage l'une des scènes les plus réussies de Doctor Who.

Il y a des passages qui, dans la série, sont considérés comme cultes. Des petits instants, un peu à part, qui prennent une place particulière dans nos coeurs. Un de ces moments particuliers se trouve dans The Rings of Akhaten. Vers la fin de l'épisode, le Docteur découvre que l'étoile dévore les âmes, ou plutôt les souvenirs des gens. En tant que créature millénaire, le Docteur à de quoi nourrir ce Soleil maléfique. Alors qu'il sacrifie ses souvenirs personnels, engloutis par son ennemi dévoreur de mondes, le Docteur dévoile un monologue magnifique d'intensité. Ou plutôt, comme il le dit si bien, il raconte une histoire. Ainsi, pendant quelques secondes, le Seigneur du Temps partage l'intégralité de sa vie avec l'étoile. Le Docteur parle de choses simples mais tellement évidentes. Il parle d'amour, de mort, de joie et de douleur. Il parle de la Grande Guerre du Temps. Il parle de la naissance de l'univers, de la fin des temps, de sa solitude. Il parle d'univers dans lesquels les lois de la physique sont élaborées par des esprits déments. Il parle de ses secrets. De ce qu'il a perdu. Et pendant son discours affolant de beauté, résonne l'une des plus belles pièces musicales de Gold Murray, chanté par Merry et l'ensemble des races aliens, unies en une seule voix. Enfin, tandis que le monologue s'achève, et que l'étoile n'est pas rassasiée par les souvenirs volés, Clara rejoint son compagnon. La jeune femme sacrifie alors ce qu'elle a de plus cher, la feuille la plus importante de toute l'humanité. La feuille qui symbolise un futur infini qui n'a jamais eu lieu. Une scène bouleversante et magnifique, du très grand Doctor Who.


Bien entendu, si cette scène est la plus réussie de l'épisode, d'autres éléments et références viennent briller durant l'opus. Toujours dans l'optique de la continuité, pour préparer les cinquante ans de la série, on retrouve plusieurs allusions à toute la vie du Seigneur du Temps. Dans le discours cité précédemment, bien sûr, avec l'évocation des secrets tabous que détient le Docteur (la finalité de tout le run actuel), ou la Guerre du Temps, emblématique des quatre premières saisons, mais aussi dans les scènes d'exposition. Ainsi, le Docteur parle rapidement de sa petite fille, Susan, présente dans le tout premier épisode de la série, de 1963. Et puis il parle de ce qu'il a perdu, tous ces compagnons, le Brigadier, Amy, Rory, Sarah Jane, Rose... Heureusement, tout l'épisode n'est pas aussi sérieux, et quelques touches humoristiques viennent alléger le récit, comme la fameuse discussion en aboiements, ou un évident clin d'oeil à la saga Indiana Jones. Tout comme Indy ramassait de justesse son chapeau, avant que celui-ci ne finisse écrasé par une porte qui se refermait, le Docteur récupère à temps son tournevis sonique. Bien vu, en plus de rester dans le ton aventurier de l'épisode (et ce n'est pas le poster promotionnel qui va me contredire). Enfin, l'intrigue principale n'est pas mise de côté, étant donné que le Docteur voyage avec Clara seulement parce qu'elle constitue pour lui  un mystère, et qu'une scène nous montre que le TARDIS à vraiment quelque chose contre elle, en refusant de s'ouvrir et en émettant un son similaire à celui entendu dans The Snowmen.

Enfin, pour l'anecdote, il faut savoir que la date du décès de la mère de Clara, le 5 mars 2005, correspond au jour de la rencontre entre le Neuvième Docteur et Rose. Petit clin d'oeil concernant le retour de Rose pour le cinquantenaire de la série ? Il faut savoir que la date de la rencontre entre le Seigneur du Temps et Rose n'est jamais clairement prononcée dans l'épisode en question, mais dans Aliens of London le spectateur apprend que la jeune femme a disparu le 6 mars 2005, soit le lendemain de sa rencontre avec le Docteur. Un détail qui ne pouvait échapper aux fans les plus assidus de Doctor Who.


Pour son premier épisode diffusé, Neil Cross s'en sort très bien, grâce à un mélange subtil entre dépaysement, tendresse, humour et gravité. La direction artistique, visuelle ou musicale, confère à The Rings of Akhaten une saveur toute particulière, mélange d'exotisme et de grandeur. Avec ce premier épisode entièrement consacré aux voyage du Docteur et de Clara, ces derniers nous prouvent qu'ils constituent un excellent duo, la nouvelle compagne se dévoilant comme le résultat d'un savant mélange entre Amy et Donna Noble. Il ne nous reste plus qu'à prendre notre mal en patience, comme toujours, et d'attendre fébrilement le prochain épisode de Neil Cross, Hide, ainsi que la suite des aventures du Docteur, dès la semaine prochaine, avec Cold War de Mark Gatiss.

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