DW 07x09 - Hide



Neil Cross s'impose, avec Hide, comme un scénariste que j'affectionne tout particulièrement. En seulement deux épisodes, à savoir celui-ci et le splendide The Rings of Akhaten, le conteur a largement fait ses preuves en ce qui me concerne. Malgré l'ordre de diffusion des épisodes, Hide est le tout premier récit écrit par Cross. L'intrigue de cette aventure mène le Docteur et sa nouvelle compagne, l'espiègle Clara, au coeur d'un vieux manoir hanté, en 1974. Là, l'improbable duo fait la rencontre d'un couple de personnages spécialisés dans la chasse aux fantômes: le Professeur Alec Palmer, scientifique peu sûr de lui, et son assistante Emma Grayling, une empathe capable, par définition, de ressentir les émotions des êtres autour d'elle. Le quatuor va constituer une équipe de choc, à la poursuite d'une mystérieuse figure fantomatique. Mais cette apparition n'est pas la seule présence qui habite le vieux manoir isolé.

Pour la petite histoire, lorsque les producteurs de la série ont lu le scénario de Neil Cross, ceux-ci firent preuve de tellement d'enthousiasme qu'ils lui en commandèrent un second sur le champ (ce qui donnera The Rings of Akhaten). En effet, Hide est un épisode fantastique, dans tous les sens du terme. Voici un récit qui réserve son lot de surprises, tout en mélangeant les ambiances avec une facilité déconcertante. Les personnages, certes peu nombreux, sont développés avec finesse, tandis que l'arc scénaristique de la saison (à savoir la véritable nature de Clara) s'intègre de manière naturelle dans cet opus. L'aspect visuel de l'épisode n'est pas en reste, seule peut-être l'ambiance sonore reste un peu en deçà de ce à quoi nous sommes habitués. Qu'importe, l'épisode est assez solide pour faire oublier ce modeste point, étant donné le développement maîtrisé de l'intrigue.

Hide s'ouvre sur un cliché éculé du cinéma d'épouvante pour s'achever d'une manière totalement insoupçonnée. Le thème des fantômes a déjà été traité dans Doctor Who, comme par exemple dans l'épisode Army of Ghost - ou L'Armée des Ombres en français -, épisode qui se situe en fin de Saison 2, et dans lequel les apparitions s'avéraient n'être rien d'autres que des Cybermen. Car dans Doctor Who, les fantômes n'existent pas. Dans Hide, Neil Cross mélange avec génie le thème des esprits et la science-fiction. Toute la première partie de l'épisode consiste à apporter une explication à l'apparition qui hante le manoir, et plusieurs scènes très réussies mènent peu à peu à l'éclaircissement de ce mystère. L'introduction de l'épisode donne le ton, en mêlant habilement une atmosphère pesante (le cadre, la nuit, la chasse aux fantômes, etc...) à un humour débridé (le Docteur qui surgit en criant "Bouh !", Clara qui annonce "Ghostbusters"). La suite de l'épisode croisera les genres avec un brio certain. De film de chasse au fantôme, il se changera rapidement en film d'aventure SF, avant de se conclure sur une note osée et très surprenante: une histoire d'amour. Car le scénario de Neil Cross réserve son lot de surprises, tout comme dans The Rings of Akhaten. Si dans ce dernier, l'identité de l'ennemi principal était réservée pour la dernière partie de l'épisode, dans Hide c'est l'évolution du récit qui surprend. Les enjeux changent tandis que les minutes défilent, le monstre de l'épisode se révèle être une victime désespérée en quête de son amour perdu, tandis que la présence de deux créatures est une surprise totale (tout étant fait de manière à ce que le spectateur croit qu'il s'agit de la même créature du début à la fin).

En parlant de la créature, sobrement nommée the Crooked Man (l'Homme Courbé en VF), celle-ci jouit d'un design audacieux en plus d'être original. Après la surprise de l'épisode précédent, qui dévoilait le visage des ancestraux Ice Warriors, la créature fait froid dans le dos. Grâce à une bonne vieille maquette à l'ancienne, le Crooked Man possède un aspect tangible et naturel saisissant, tandis que ses mouvements ont été filmés de manière ingénieuse afin de participer à l'aspect mystérieux de la bête. Ainsi, les gestes de ce monstre ont été diffusés à l'envers, et inversés, ce qui confère un aspect bestial, étrange et effrayant à ce dernier. Le spectateur ne découvre son visage qu'en toute fin de l'épisode. Il est d'ailleurs intéressant de noter que cette créature au physique disgracieux reste un être bon à la recherche de son amour, tandis qu'il est précisé que derrière le visage angélique du Docteur se cache un coeur de glace dont il faut se méfier. Après avoir pris conscience du danger d'une vie aux côtés du Docteur dans l'épisode précédent, Clara comprend que son nouvel ami possède une part d'ombre dont il faudra se méfier. D'ailleurs, la jeune femme tombe de haut en découvrant le point de vue du Docteur: un être capable de se rendre jusqu'à la fin des temps en un battement de cils. La relation entre le Seigneur du Temps et l'humaine avance donc lentement mais sûrement.

Une autre relation mise en avant dans l'épisode est le lien qui lie Clara au TARDIS. Si les épisodes précédents nous avaient déjà mis sur la piste, via quelques séquences plus ou moins prononcées, il est confirmé dans Hide que le TARDIS a bien un souci avec Clara. Pourtant, de la rencontre et de la communication entre les deux protagonistes naîtra un plan de sauvetage improvisé, qui enverra le vaisseau à la rescousse de son Docteur. A voir maintenant comme la relation entre la boîte bleue et la jeune femme va évoluer, surtout que l'épisode suivant, Journey to the Center of the TARDIS, promet de grandes choses à ce sujet. Mais ce n'est pas encore l'heure. Avant de se tourner vers l'avenir, faisant un petit bond vers le passé. Car Hide s'inscrit bien dans une continuité vieille de presque cinquante ans, aussi plusieurs références et allusions ponctuent le récit. Les fans seront heureux de constater que le Docteur possède toujours la combinaison spatiale récupérée dans The Impossible Planet (La Planète du Diable, Saison 2). De la même manière, il est fait allusion à "The Eye of the Harmony" ou encore à Metebelis III (voir l'épisode The Green Death), des éléments issus de la série classique. D'autres allusions sont directement établies pour le fan, et brisent le quatrième mur. Comment ne pas sourire lorsque le traditionnel "Doctor Who ?" prononcé par les personnages secondaires se transforme en "Doctor What ?".


Malgré une musique un peu en retrait, Hide s'impose sans difficulté comme un épisode majeur de cette septième saison. En revenant aux fondamentaux de la série, via une approche à la lisière de l'angoisse et en juxtaposant le fil de la saison à l'aspect individuel de l'épisode, ce chapitre signé Neil Cross n'a pas à rougir face aux scénaristes habituels de la série. En deux épisodes seulement, le showrunner de Luther démontre sans mal tout le talent dont il dispose, et prouve qu'il a compris ce qu'est l'essence même de Doctor Who. Du suspense, de l'émotion, des personnages cohérents et surprenants, des dialogues savoureux, une histoire pleine de rebondissement, mais surtout un dépaysement et une sincérité totale.

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