DW 07x10 - Journey to the Centre of the TARDIS



Ce n'est pas rare qu'un titre d'un épisode de Doctor Who fasse parler de lui bien avant la date de diffusion. Souvenons-nous de titres tels que The Next Doctor, The Doctor's Wife ou encore Let's Kill Hitler. Avec Journey to the Centre of the TARDIS, une promesse est faite aux fans de la série: découvrir les méandres du vaisseau du Seigneur du Temps. Cette tâche a été confiée à Stephen Thompson (parfois crédité Steve Thompson), déjà auteur de l'épisode The Curse of the Black Spot. Cet épisode fut en son temps accueilli avec une tiédeur à mon sens injustifiée, tant cette relecture du mythe des sirènes était intelligente. Autant dire que la pression qui pesait sur les épaules du scénariste était lourde à porter. Pour son incursion dans la septième saison des aventures du Docteur, Thompson livre un épisode bien plus ambitieux que son précédent essai.

Ce chapitre débute alors que le Docteur apprend à Clara à piloter le TARDIS. Pour ce faire, il lui faut désactiver les systèmes les plus complexes à utiliser, ce qui comprend le bouclier de protection. C'est à ce moment que trois "pirates" de l'espace remarquent le TARDIS et décident de le harponner, afin de le piller. Dans la panique, le Docteur parvient à s'extraire de son vaisseau, tandis que Clara reste piégée à l'intérieur. Bon gré, mal gré, le Seigneur du Temps s'allie aux crapules stellaires pour s'enfoncer dans les abysses du TARDIS, à la recherche de sa compagne. Pourtant, et contrairement à ce que l'on aurait pensé, les couloirs du vaisseau sont loin d'être vides. Cet épisode possède quelques similitudes avec Hide, l'épisode précédent. Contrairement à Cold War, par exemple, l'épisode est habité par des personnages secondaires travaillés et importants. Le trio de pirates possède son lot de surprises et n'existent pas seulement à travers le Docteur. L'autre point commun avec Hide est le grand retour d'un intrigue basée sur le voyage dans le temps. Cet aspect était absent depuis la reprise de la Saison, il n'y avait pas de paradoxes ni de jeux temporels. Le retour de cette thématique fait du bien à la série.

L'épisode confronte deux manières de percevoir le temps. D'un côté, nous avons le Docteur qui peut se rendre où il veut, quand il veut, comme un enfant impatient face à une infinité de nouveaux jouets, de l'autre nous avons un équipage de spatio-pilleurs, qui n'existe que dans l'attente et l'ennui. Et dans ce cas, le temps parvient à détruire les liens qui unissent une même famille. En effet, le troisième membre de cet équipage, présenté comme un androïde, s'avère être le frère technologiquement modifié des deux autres, une transformation considérée comme une blague par ses deux instigateurs. Une manière de montrer les affres du temps, sa puissance à consommer chaque chose, même les plus naturelles. Cette thématique n'est pas très imposante, mais elle a le mérité d'être présente. L'épisode se concentre sur le sauvetage d'une Clara apeurée et égarée, mais aussi de ses découvertes à l'intérieur du TARDIS.

Le sujet même de cet épisode propose une occasion inespérée pour ravir les fans de la première heure. Nombre de références se dissimulent tout au long de l'épisode. C'est par exemple l'occasion d'apercevoir, pour quelques secondes seulement, la fameuse piscine dont parle le Docteur depuis plusieurs saisons déjà. Enfin, c'est un peu différent, car la piscine que l'on découvre dans cet épisode n'est que la version du TARDIS actuel, c'est-à-dire du TARDIS que l'on découvre dans l'épisode de Noël The Snowmen. Ainsi, la piscine dont on parlait il y a quelques temps déjà restera invisible à jamais. Une manière rusée de montrer quelque chose sans rien dévoiler, c'est très bien joué. Une autre découverte est la bibliothèque, immense, majestueuse. Une pièce qui mêle passé (les références à cette pièce dans d'anciens épisodes, la présence d'un livre concernant la Guerre du Temps), avenir (le nom du Docteur inscrit dans le même livre !) et présent (les monstres de l'épisode qui poursuivent Clara) avec une évidence rare.

Les monstres sont d'ailleurs, une fois encore, cohérents et bien trouvés. Comme dans Hide, la créature de l'épisode possède son lot de surprises. Ces zombies, car c'est ce qu'ils sont, ne sont que les reflets temporels des passagers du TARDIS. Leur aspect calciné rappelle d'ailleurs les maquillages aperçus dans The Fires of Pompeii (Saison 4). La première moitié de l'épisode contient quelques scènes de poursuites, entre Clara et un zombie, à travers le dédale intérieur du vaisseau. Ces séquences sont filmées de manière anxiogène, les cadrages sont biscornus, les plans sont tremblants, et un halo visuel vient brouiller chaque image mettant en scène les zombies. L'effet est très semblable au film Sunshine (de Danny Boyle), ce qui est pertinent quand on connaît l'origine de ces zombies: une brûlure causée par un Soleil ! Plutôt que de créer un nouvel effet qui risquait de ne pas aboutir, le réalisateur de l'épisode a préféré récupéré un effet existant, ce qui reste une manière humble et efficace de procéder. La fameuse étoile responsable de la naissance de ces créatures est en fait la source d'énergie du TARDIS, l'Oeil de l'Harmonie (The Eye of Harmony), à savoir une étoile qui s'effondre sur elle-même, figée dans le temps. Un vrai trou noir stellaire.

Outre l'intrigue principale, le fil rouge de la saison continue son développement, le Docteur poursuit son enquête sur sa compagne. Ici, il perd patience et déballe tout ce qu'il gardait pour lui. Nous découvrons que Clara, de son côté, n'a pas du tout conscience de son statut impossible. Toutes les pistes étudiées par le Docteur ne mènent à rien, il est totalement désemparé face au mystère que la jeune humaine représente. Aussi, le GRAND fil de la série se tisse davantage, avec la mention du nom du Docteur. Bien évidemment, rien n'est jamais simple, et la timeline dans laquelle Clara découvre ce nom est purement et simplement effacée. Ne reste qu'un teasing frustrant. Heureusement, quelques découvertes satisfont le spectateur, comme la présence du système de reconfiguration du TARDIS, un élément dont le design n'est pas sans rappeler l'arbre des âmes présent dans Avatar (James Cameron). Une fois encore c'est plutôt bien trouvé, car comme l'arbre est symbole de vie, ici l'arbre mécanique donne naissance à des systèmes technologiques. Le scénariste dévoile des aperçus de l'antre du TARDIS, sans jamais en expliquer le fonctionnement, ce qui permet de remplir le contrat promis par le titre de l'épisode, sans gâcher la magie du mystère propre à la série.

Ainsi, Journey to the Centre of the TARDIS est un épisode incontournable pour tout fan de la série. L'exploration du vaisseau ne prend jamais le pas sur l'intrigue, tout en dessinant les bases d'une histoire haletante entièrement dédiée aux spectateurs réguliers. Grâce à son rythme maîtrise, parsemé de découvertes et de retournements de situation, l'épisode de Thompson brille par sa sincérité. Les compositions musicales prennent davantage de place que dans l'épisode précédent, ce qui est loin d'être un défaut, tandis que le jeu des deux acteurs principaux frise une fois de plus la perfection. Le principal défaut étant, finalement, que le voyage ne dure pas assez longtemps.



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