DW 07x11 - The Crimson Horror



Avec The Crimson Horror, le scénariste Mark Gatiss, fidèle compère de Steven Moffat, avait la lourde tâche d'écrire le centième épisode de Doctor Who, depuis la reprise de la série en 2005. L'auteur a toujours proposé des épisodes satisfaisants mais pas vraiment incontournables. Pourtant, avec The Crimson Horror, Gatiss atteint un niveau de grâce jamais effleuré avant. Une fois de plus, le scénariste évite d'écrire une histoire trop complexe, mais son sens du rythme se couple à une maîtrise narrative incroyable. Absolument tout, dans cet épisode, fonctionne à la perfection.

Et pourtant, vu la base scénaristique, on aurait pu craindre la redite, voyez plutôt. Ce chapitre se déroule en Angleterre, au coeur de la cité de SweetVille. Cette communauté, dirigée par Miss Gillyflower, sa fille Ada et le mystérieux Monsieur Sweet, n'accepte que les gens parfaits. Pourtant, depuis quelques temps, des cadavres sont retrouvés dans le fleuve qui contourne la ville, des cadavres à la peau étrangement cramoisie et cirée. Madame Vastra, sa fidèle Jenny et le combatif Strax enquêtent sur ces sinistres évènements, lorsqu'ils découvrent, dans le regard froid de l'une des victimes, une image figée du Docteur. Il n'en faut pas plus au trio pour partir sur les terres de SweetVille, à la recherche de leur ami.

Ainsi, l'épisode débute sans le Docteur, et se concentre sur Madame Vastra et ses associés. Un procédé qui n'est pas sans rappeler d'autres pépites de la série, à savoir l'incroyable Blink (Saison 3, dans lequel un protagoniste inconnu du spectateur parvient à sauver le Docteur) ou le non moins splendide Turn Left (Saison 4, au coeur duquel le scénariste présente une version altérée des événements, une version dans laquelle le Docteur est mort). Concernant The Crimson Horror, l'idée fonctionne car le trio composé de Vastra, Jenny et Strax possède une dynamique de groupe très efficace, et est déjà adopté par les fans. Ainsi, l'idée de vivre une enquête à leurs côtés ne choque pas le moins du monde. Pourtant, le Docteur revient dans l'épisode assez rapidement, au bout de quinze minutes (soit un tiers de l'épisode). Qu'importe, les interactions entre les personnages restent au centre du récit, avant que le groupe ne s'étoffe une dernière fois via le retour de Clara. Le scénariste a cependant la bonne idée de ne pas laisser ce groupe rassemblé, par exemple en écartant Strax qui garde pour lui son potentiel comique. Certaines scènes et répliques du Sontarien sont d'ailleurs déjà incontournables, comme son dialogue à sens unique échangé avec sa monture. L'épisode apporte son lot d'humour de répétition, via le personnage de Strax bien sûr, et ses envies de violences, mais aussi via les évanouissements répétés d'un protagoniste secondaire, ou bien des dialogues échangés entre le Docteur et sa compagne. Mais la blague la plus réussie de l'épisode est sans aucun doute la présence d'un jeune garçon qui indique la route à Strax, d'une voix monotone mais confiante, comme un GPS. Quelques secondes plus tard, l'enfant se présente sous le nom de Thomas Thomas, référence appuyée au fameux TomTom. Improbable mais hilarant. Ce second degré apporte une légèreté bienvenue, en totale opposition avec l'aspect un peu plus glauque et malsain de l'épisode.

Malsain car, clairement, Miss Gillyflower est une vraie méchante, une teigne comme le Docteur en croise rarement. Superbement interprétée par Diana Rigg, Miss Gillyflower ne s'épargne aucune bassesse pour arriver à ses fins, comme elle n'épargne rien à son enfant, Ada Gillyflower (jouée par Rachael Stirling, la fille de Diana Rigg !). On retrouve d'ailleurs dans cet épisode, comme dans le précédent, un développement soigné des personnages secondaires. La relation qu'entretiennent mère et fille reste certes relativement basique, mais très bien coordonnée tout au long de l'épisode. Le personnage d'Ada jouit d'ailleurs d'un soin tout particulier, que ce soit au niveau de son maquillage, terrifiant de réalisme, ou bien de son développement personnel. De victime elle passera à bourreau, en ôtant la vie de l'instigateur de toute cette sordide mascarade: Monsieur Sweet. Un ennemi finalement transparent, même si très bien réalisé, l'équipe des effets spéciaux ayant eu la présence d'esprit de créer une maquette et non d'avoir recours à des effets numériques.

L'épisode brille aussi par une réalisation très soignée, quelques plans étant vraiment soignés. Cerise sur le gâteau, tout un passage de l'épisode bénéficie d'un effet rétro, grâce à l'application d'un filtre qui vieillit l'image, et d'une bande-son altérée. Encore un moyen de se souvenir des débuts du Docteur, ce qui n'est pas anodin vu qu'il s'agit ici du centième épisode depuis la reprise, et qu'on se rapproche des cinquante ans de la série. Toujours concernant cet anniversaire, quelques références à la série classique surgissent ici et là, comme la réplique "Brave heart, Clara" prononcée en fin d'épisode. Cette citation est un clin d'oeil appuyé au quatrième Docteur qui avait l'habitude d'encourager l'une de ses compagnes à l'aide d'un "Brave heart, Tegan". Autre élément incontournable de la série, le tournevis sonique. Clairement trop utilisé (il suffit de se rappeler du combat d'ondes opposant le Docteur aux Vigiles dans The Rings of Akhaten), ce recours à la technologie a souvent été critiqué par les fans, récemment. Ainsi, il est plaisant de voir que dans The Crimson Horror, on n'en entend presque pas parler. Mieux encore, Clara lance une boutade au Docteur en disant que parfois il y a des choses plus efficaces que le tournevis sonique, avant de saisir une chaise en bois et de l'utiliser pour cogner un dispositif informatique. Très bien vu, une fois de plus.

Mais la grande force de cet épisode, nous l'avons déjà évoquée, elle se cache dans ses personnages secondaires. C'était le gros point faible du précédent épisode de Mark Gatiss, Cold War. Bizarrement, et à ce niveau-là, ce dernier épisode fait office d'antithèse. Que ce soit le trio allié, déjà présenté un peu plus tôt, ou les antagonistes, ils sonnent tous juste. De plus, là où les précédents épisodes mettaient davantage l'accent sur Madame Vastra ou Strax, The Crimson Horror possède la grande intelligence (sans jeux de mots) de se concentrer sur Jenny, un personnage terriblement attachant. La famille Gillyflower n'est pas en reste et, si elle ne se hissera pas au rang des ennemis cultes de la série, elle reste toutefois un adversaire très bien écrit. On retrouve, dans les motivations de Madame Gillyflower, une petite critique sur les dangers du fanatisme, voire de la religion (la volonté de créer un nouvel Eden), mais le propos n'est jamais approfondi. Tant mieux, on aurait eu droit à un sujet malvenu dans un épisode de Doctor Who. Au contraire, le scénariste se concentre sur ce qu'il sait faire de mieux: développer un contexte historique crédible. Et ça fonctionne.


The Crimson Horror se hisse sans mal comme le sommet de Mark Gatiss. Tous les éléments sont présents pour concocter un épisode réussi: l'intrigue et son rythme évoluent très bien, les personnages fonctionnent à merveille, les effets spéciaux et la bande-son n'ont rien à se reprocher, et l'épisode passe bien trop vite. The Crimson Horror célèbre de bien belle manière le centième épisode de la série, depuis sa reprise, en proposant un cocktail détonnant, dosé à la perfection. Ajoutons à tout ceci une fin qui va changer la donne pour le prochain épisode, en étoffant l'équipage du TARDIS, et il devient bien difficile d'attendre Nightmare in Silver, scénarisé par le talentueux Neil Gaiman.

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