DW 07x12 - Nightmare in Silver



Dire que Nightmare in Silver était attendu constituerait un euphémisme. Suite au passage triomphant de Neil Gaiman sur la série, via l'épisode The Doctor's Wife (Saison ), les attentes et espoirs qui se bâtirent autour de ce nouvel opus n'ont cessé de fleurir. Scénariste qui n'a plus rien à prouver, dont les oeuvres ont déjà envahi le septième art, Neil Gaiman signe cette fois la renaissance d'un ennemi emblématique de la série: les Cybermen. Comme annoncé à la fin de l'épisode précédent, l'équipage du TARDIS s'étoffe, avec l'arrivée des deux enfants que Clara garde, Angie et Artie. Le Docteur décide d'accompagner tout ce beau monde au fabuleux "Hedgewick's World of Wonders", une planète parc d'attraction ! Mais sur place, l'excitation laisse place à la déception, le parc étant abandonné depuis plusieurs années. Autour du Docteur et de ses amis, un paysage désolé et apocalyptique, des manèges délabrés, mais aussi et surtout une petite équipe de nouveaux protagonistes ainsi qu'un Cybermen joueur d'échecs...

Neil Gaiman délaisse l'aspect mythologique qu'il avait développé dans son épisode précédent pour écrire une histoire beaucoup plus enfantine, ce qui n'a rien de péjoratif. Bien vite, le but de l'épisode sera de sauver les deux enfants, dont l'esprit est piraté par les Cybermen. Un élément scénaristique qui permet à la fois de confier un objectif simple et identifiable à l'épisode, mais qui évince aussi les deux personnages de la trame principale. Et c'est tant mieux, étant donné leur caractère ! L'épisode permet une nouvelle fois de faire prendre conscience à Clara les dangers qu'il y a à voyager avec le Docteur, et surtout les dangers qui peuvent menacer ses proches s'ils sont impliqués dans ces escapades. Chaque épisode permet au couple principal de se découvrir, de se dévoiler l'un pour l'autre, les enjeux et risques se révèlent progressivement. D'ailleurs, le Docteur sera en première ligne, étant donné qu'il est rapidement contrôlé par les Cybermen. Cet élément permet à Matt Smith de révéler une nouvelle fois tout le talent de son jeu. Pour illustrer la dualité qui habite le personnage, au coeur duquel sa personnalité se mesure à la volonté des Cybermen, la réalisation adopte une posture schizophrène qui n'est pas sans rappeler les meilleurs plans illustrant Gollum, dans la saga Le Seigneur des Anneaux. Ainsi, chaque personnalité est filmée sur un profil différent du visage de l'acteur, l'un de ces profils étant couvert par une plaque métallique, première marque de la transformation en Cybermen. Une approche plutôt ludique.

Pour accompagner Clara et le Docteur, une petite équipe de soldats parcourt la planète. Bien que peu développés, la faute à un format trop court et à leur nombre trop élevé, ceux-ci offrent à Clara un développement inattendu en révélant ses talents de meneuse. Le personnage, un mystère ambulant, se dévoile au fur et à mesure des épisodes, par touches successives. On pouvait découvrir son histoire personnelle et familiale lors des épisodes The Bells of Saint John et The Rings of Akhaten, on a découvert à ses côtés ce que veut vraiment dire voyager avec le Docteur, et désormais son caractère se révèle. L'épisode montre même la naissance des sentiments qui commencent à survenir en elle. Les critiques qui condamnent l'absence d'évolution ou de développement du personnage peuvent soit ouvrir les yeux, soit aller se pendre. Outre le duo principal, il est un autre protagoniste qui gagne en importance tout au long de l'épisode: Porridge, incarné par le talentueux Warwick Davis (surtout connu pour son rôle de Willow dans le film éponyme). Sujet d'un twist bienvenu, Porridge se révélant être ce que personne ne soupçonnait - à savoir l'Empereur -, le personnage sert aussi à montrer l'attachement que porte le Docteur à sa compagne, au-delà du fait qu'il la considère comme une énigme vivante. Et la belle n'hésite pas à décliner le poste d'Impératrice de l'univers, confirmant ainsi son caractère bien trempé.

Enfin, le dernier protagoniste à briller par sa présence n'est autre que le dernier Cybermen, l'épisode devant à la base s'appeler The Last Cyberman. Pour leur retour, les Cybermen font peau neuve. Leur design est modifié, en résulte un croisement élégant entre ancienne et nouvelle apparence. Leur visage est davantage "humain", comme les premiers Cybermen, tandis que leurs lignes sont affinées. Mais le plus important reste la puissance de leurs pouvoirs, considérablement améliorés. Les Cybermen sont désormais capables de se mettre à jour en temps réel, c'est-à-dire qu'ils peuvent s'adapter à chaque menace en un battement de paupière. Cette capacité les rend quasi-invulnérables, et il faudra l'explosion d'une planète entière pour pouvoir les stopper. La fin de l'épisode montre pourtant une Cybermite, capable de créer des Cybermen, errant seule dans l'espace, de quoi faire revenir les ennemis dans un futur épisode (en moins puissants).

La direction artistique de l'épisode se permet une approche relativement colorée pour un épisode de Doctor Who, la série nous ayant habitué ces derniers temps à des espaces confinés et sombres. Le thème du parc d'attraction permet une diversité de lieux bienvenue et dépaysante, qu'ils s'agisse d'une salle d'exposition plutôt mystique, d'un château fort luisant de mille couleurs, ou d'un terrain désolé en ruines, dernier témoin d'une époque faste désormais révolue. Outre les décors, l'épisode ne lésine pas non plus sur son ambiance sonore. C'est avec un plaisir non dissimulé qu'on retrouve le thème musical des Cybermen, réorchestré pour l'occasion, et intervenant plusieurs fois au cours de l'épisode. Le reste des compositions se concentre davantage sur le développement d'une atmosphère où règnent la tension et la sournoiserie.

Neil Gaiman signe ici un épisode bien plus léger que son précédent travail pour le Docteur. En délaissant un aspect mythologique totalement hors-sujet vis-à-vis de la thématique de cette saison, le scénariste tisse un conte enfantin mais jamais niais. Il se permet en plus de moderniser et de renforcer le pouvoir d'ennemis emblématiques de la série, des ennemis qui ne pouvaient pas se permettre d'être absents en 2013, pour les cinquante ans du show. Nightmare in Silver est un épisode léger mais attachant, faisant office de dernière bouffée d'air frais juste avant un final qui s'annonce épique, The Name of the Doctor.