DW 07x13 - The Name of the Doctor



C'est Steven Moffat, le showrunner actuel de la série, qui signe le dernier épisode de la Saison 7, un épisode mythologique baptisé The Name of the Doctor. Dans cette ultime aventure, la Grande Intelligence fait son retour de la plus vile des façons, en enlevant les compagnons du Docteur, à savoir Strax, Madame Vastra et Jenny. Pour les retrouver, le Seigneur du Temps n'a pas le choix, il doit se rendre sur Trenzalore, une planète cimetière qui abrite son plus grand secret.

Inutile de faire planer le doute plus longtemps, The Name of the Doctor est le meilleur épisode de cette septième saison. Son seul défaut: sa longueur. Voici en effet un chapitre diablement court comparé à tout ce qu'il transmet, ce qu'il raconte. Dès la première seconde, le spectateur comprend que les prochaines quarante minutes vont être fantastiques, inoubliables. L'épisode s'ouvre alors que William Hartnell, le tout premier acteur à interpréter le Docteur, dérobe le TARDIS sur sa planète natale, Gallifrey. La séquence de pré-générique présente alors Clara à travers le temps, grâce à un astucieux montage vidéo qui la confronte aux différentes incarnations du Docteur. Dans la première séquence, elle intervient auprès de William Hartnell, pour l'avertir qu'il risque de faire une monumentale erreur. Nous la revoyons alors au coeur de plusieurs aventures du Docteur à travers le temps. Comme une ombre, elle traverse la destinée du personnage principal de la série, tentant à chaque fois de lui porter secours. Les filtres qui altèrent l'image donnent un aspect vieillissant à ces différentes séquences, tout comme la garde robe de Clara, qui change régulièrement. Le résultat est à la fois épique et touchant. La réussite de cette séquence vient du fait qu'elle est à même de toucher à la fois le fan de toujours, ému de retrouver une période qu'il croyait perdue à jamais, mais aussi le profane, qui découvre alors tout un pan inconnu de sa série préférée. Gold Murray, de son côté, dévoile une pièce maîtresse de sa carrière, un thème majestueux qui n'est pas sans évoquer le morceau culte de la troisième saison, "This is Gallifrey". La séquence de pré-générique est en effet accompagné d'une pièce fantastique, d'une beauté à couper le souffle. On ne peut pas dire que le compositeur fasse les choses à moitié. Enfin, cette séquence diablement intelligente permet de ramener le mystère de la saison, à savoir Clara, sur le devant de la scène. En voix off, la jeune femme déclame un monologue intriguant lorsque, soudainement, le générique débute.

Pour succéder à ce morceau de bravoure, des scènes d'expositions s'enchaînent dans le but de présenter l'intrigue principale de cet épisode. Ainsi, le spectateur découvre que la Grande Intelligence fait son retour, après être apparue dans deux épisodes de cette saison, respectivement The Snowmen et The Bells of Saint John. Cet ennemi, issu de la période classique de la série, est accompagné dans cet épisode par des créatures appelées les Whispermen, soit les hommes qui murmurent. Ces nouvelles créatures, imaginées par Steven Moffat, possèdent un design fort qui n'est pas sans rappeler les plus grandes et monstrueuses réussites du scénariste, comme le Silence ou les Anges Pleureurs. Là où le Silence possédait un look plutôt contemporain, les Whispermen sont habillés à la mode victorienne. Leur visage n'est composé que d'un drap qui épouse des formes invisibles. Car ces ennemis ne sont que des pions, contrôlés par la Grande Intelligence, comme Walter Simeon (le personnage joué par Richard E. Grant, déjà présent dans The Snowmen), qui fait son retour ici. Tous ces ennemis ne sont que les enveloppes corporelles d'une identité immatérielle, et ressemblent à des fantômes: ce sont des costumes ne servant qu'à dissimuler un vide. Effrayants, les Whispermen le sont, mais ils ne sont clairement pas la menace principale de cet épisode, une fois encore Steven Moffat brouille les pistes.

The Name of the Doctor est l'occasion de revoir un trio bien apprécié par les fans: Madame Vastra, Strax et Jenny. Le gang n'a plus aucune preuve à faire, Jenny étant un personnage diablement attachant, Madame Vastra transpirant de charisme, et Strax étant devenu un ressort comique incontournable. A ce passage, on notera un passage comique mettant en scène le Sontarien, en manque d'action, à l'intérieur d'un bar irlandais, afin de provoquer un client et provoquer une empoignade. Une vision plutôt marrante, qui permet de souffler un peu avant la dramaturgie qui va occuper tout l'épisode. Suite à la mise en place du scénario, le Docteur et Clara doivent se rendre sur Trenzalore, afin de retrouver le trio cité précédemment, enlevé par l'antagoniste de l'épisode. Trenzalore, un nom qui signifie beaucoup non seulement pour le Docteur, mais aussi pour le spectateur, qui entend parler des champs de Trenzalore depuis la prophétie annoncée dans la Saison 6. C'est lors d'une scène touchante que le Docteur prend conscience que sa fin est proche. Pour illustrer son infinie tristesse, Steven Moffat à choisi une approche intime, car c'est sur le canapé de sa compagne de voyage que le personnage réalise ce qui lui arrive. Aucune scène tire-larme, pas de grandes tirades larmoyantes, seulement une intimité palpable et une délicate mélodie basée, une fois encore, sur "This is Gallifrey". Il est alors temps d'enfin découvrir Trenzalore, une planète cimetière théâtre d'une bataille impitoyable. Mais Trenzalore abrite aussi et surtout un endroit que le Docteur n'aurait jamais dû rejoindre: sa propre tombe.

La tombe du Docteur, donc. Ou comment entamer les célébrations du cinquantième anniversaire de la série de la manière la plus funeste qui soit. Le tombeau du Seigneur du Temps est en réalité son fidèle TARDIS, qui reste finalement son compagnon de toujours, tandis que les autres s'en vont. Un TARDIS mort, lui aussi. Ne fonctionnant pas, toute l'énergie qui permettait à un espace infini d'exister derrière ses portes n'est plus, aussi le vaisseau prend une taille tout à fait impressionnante. Le TARDIS se dresse sur Trenzalore, telle une immense pierre tombale. Pour y entrer, une seule solution, prononcer le nom du Docteur. Pour prononcer ce nom, qui restera inaudible à l'oreille du spectateur, apparaît River Song, qui signe ici son retour. C'est l'occasion pour le scénariste d'écrire une scène d'adieux entre le Docteur et sa femme, supportée par le magistral morceau de Murray Gold, "The Wedding of River Song", déjà entendu dans l'épisode du même nom. Une scène d'adieux, car la Grande Intelligence met son diabolique plan à exécution: plonger dans la ligne temporelle du Docteur, pour le tuer encore et encore, à chaque point du temps et de l'espace, dans le but de transformer chacune de ses victoires en défaite. Comment ? Car le corps d'un Seigneur du Temps mort est un flux d'énergie instable, une porte ouverte sur chaque instant de sa vie. Poétique et brillant, une fois encore.

Enfin, le mystère Clara se dissipe. Clara était loin d'être impossible, elle est même tout ce qu'il y a de plus normal. C'est en plongeant à son tour dans la ligne temporelle du Docteur, pour le sauver en stoppant la Grande Intelligence à chaque point de l'espace-temps, que Clara donne vie à des échos, des fragments d'elle-même. Moffat est un génie. En abandonnant ses intrigues temporelles le temps de trois épisodes pour cette saison (Asylum of the Daleks, The Snowmen et The Bells of Saint John), le scénariste était loin d'en avoir fini avec les paradoxes. Il préparait seulement son plus gros coup, son paradoxe ultime, son chef-d'oeuvre. Altérer cinquante ans d'une série intouchable, il fallait oser. Et même si, bien entendu, tout rentre dans l'ordre, le simple fait d'y avoir songé révèle un génie et une courage affolants.

Et tout ça, c'était sans compter sur les dernières minutes de l'épisode. Des minutes gardées secrètes jusqu'à la diffusion télévisée, malgré un immense couac. En effet, la branche américaine de la boutique de la BBC avait par mégarde envoyé les coffrets DVD / blu-ray contenant The Name of the Doctor à une poignée d'élus. Heureusement, les fans du Docteur sont des gens biens, et l'épisode n'a jamais filtré sur le net avant sa diffusion. Ces dernières minutes donc, voient le Docteur plonger dans sa propre ligne temporelle pour aller y récupérer Clara, dont la version originale erre, égarée dans une trame qui n'est pas la sienne. Rapidement, il la retrouve, et tous deux se dirigent vers la sortie de ce monde intérieur. C'est alors que le duo croise un personnage énigmatique, un personnage à propos duquel le Seigneur du Temps déclare:

"Il est moi. Mais il n'est pas le Docteur."

L'épisode s'achève sur la découverte d'une incarnation méconnue du Docteur, une incarnation oubliée et reniée. Coup de grâce ultime, c'est John Hurt qui prête ses traits à cette incarnation. Alors que Clara s'évanouit, les deux protagonistes entretiennent un court échange.

Ce que j'ai fait, annonce John Hurt, je l'ai fait parce que je n'avais pas le choix.

Je sais, déclare Matt Smith.

Je l'ai fait au nom de la paix et de la raison.

Mais pas au nom du Docteur.

Et bam ! Steven Moffat conclut son pharaonique épisode avec le titre de ce dernier. Une fois encore, le titre de l'épisode ne révélait en rien le contenu de celui-ci. The Name of the Doctor ne porte pas sur le nom en lui-même mais, et c'est plus important, sur ce qu'il signifie, ce qu'il cache. Une thématique déjà abordée plus tôt dans la série, comme dans A Good Man goes to War (Saison 6), qui révèle que nous autres humains tenons le terme "docteur" du Seigneur du Temps, car c'est un individu bon, qui sauve et aide les gens. La Saison 6 voyait d'ailleurs ce nom progressivement changer de sens au cours des événements pour finalement signifier "grand guerrier". Un élément qui prouve la cohérence de tout le travail de Steven Moffat.


Steven Moffat, un grand scénariste, qui nous aura bluffé jusqu'à la fin d'une saison exotique et enjouée. En plus de livrer un épisode au contenu faste, The Name of the Doctor constitue l'excellent prologue du fameux épisode anniversaire qui débarquera sur petits et grands écrans pour le cinquantenaire de la série, le samedi 23 novembre 2013. En l'état, l'épisode boucle ses intrigues avec une maetria folle, sans oublier de faire intervenir chaque personnage au coeur de décors et de situations qui méritent toute notre attention. Sans oublier de bouleverser les codes d'une série, établis depuis plusieurs décennies. The Name of the Doctor est la preuve qu'il est possible d'aimer une série plus que de raison. Les épisodes de Doctor Who sont un peu comme les compagnons du Docteur, tous différents, mais qui ensemble forment un tout d'une richesse abyssale. Cet ultime épisode saisonnier nous le prouve de la plus belle des manières, et réussit à nous persuader que, là-haut parmi les étoiles, il existe un Seigneur du Temps qui voyage à travers le temps et l'espace, dans sa boîte bleue, vivant mille et une aventures.



Cliquez sur l'une des bannières ou ici pour revenir à l'index