DW 07xChristmas - The Snowmen


Depuis le retour de la série en 2005, la tradition veut qu'un épisode spécial soit diffusé à Noël. Ainsi, le Spécial Noël de 2012 est à ce titre un épisode clé, dans le sens où il ne constitue pas une aventure qui met de côté les tenants et aboutissants de la série, au contraire, il s'intègre de manière chronologique dans le parcours du Docteur. Ainsi, The Snowmen est la suite directe du tragique The Angels take Manhattan. Bien évidemment, tradition oblige, Steven Moffat et son équipe n'oublient pas pour autant de faire de l'épisode un véritable conte de Noël.

L'action prend place dans l'Angleterre du XIXème siècle, et plus précisément en 1892. Alors que la nuit de Noël approche à grands pas glacés, un sinistre personnage s'allie à une entité mystérieuse, dans le but de peupler la Terre de monstres de glace. Alors que Madame Vastra, sa compagne Jenny et Strax sont sur l'affaire, le Docteur n'est plus de la partie. Le Seigneur du Temps, dévasté par la disparition d'Amy et Rory, ne souhaite plus donner de sa personne pour sauver les humains. Mais il ne tardera pas à changer d'avis, grâce à la rencontre de la délicieusement fantasque Clara Oswin Oswald.

The Snowmen est clairement l'épisode des nouveaux départs. Tout est agencé de manière à créer une rupture entre le passé et l'avenir, l'univers de Doctor Who repartirait presque à zéro. Sur le plan purement visuel, une nouvelle charte s'impose et fait passer la série dans une nouvelle ère. Le Docteur lui-même abandonne son look désormais assimilé, pour quelque chose de très british, limite dandy. Aussi, le TARDIS lui-même, fragilisé par le paradoxe survenu à New-York lors de l'épisode précédent, fait entièrement peau neuve. La décoration se veut plus glaciale, comme pour surligner l'état psychologique du Docteur suite au départ de ses amis. Le TARDIS adopte désormais une apparence qui se veut un habile mélange entre la modernité et un aspect plus rétro. Une roue ornée de symboles de Gallifrey surplombe le panneau de contrôle, un élément qui rappelle clairement les origines du Docteur et sa volonté constante de mouvement. Ce nouveau modèle est clairement un hommage dédié au passé de Doctor Who, ce qui reste bougrement intelligent étant donné que les cinquante ans de la série approchent de plus en plus. Un autre hommage évident est la présence d'un nouveau générique d'ouverture. Celui-ci abandonne la représentation du vortex du temps, présent dans les épisodes depuis la reprise de 2005, pour dévoiler une traversée psychédélique de l'espace. Surprise, tout comme pour les prémices de la série, le visage du Docteur apparaît, de manière bien plus esthétique qu'autrefois cependant. Enfin, un nouveau thème musical accompagne ce générique, un thème toujours dynamique, mais qui sonne désormais de manière étrangement rétro. Un vrai régal.


Cependant, le véritable élément clé symbole d'une nouvelle ère, c'est bien évidemment la nouvelle compagne du Docteur, Clara Oswin Oswald. Véritable énigme vivante (enfin, plus ou moins), la jeune Jenna-Louise Coleman signe ici sa deuxième apparition dans notre série préférée. Si dans le premier épisode de la Saison 7, Asylum of the Daleks, celle-ci était très attachante alors que l'intégralité de ses scènes la présentait seule, sans aucune interaction avec les acteurs, dans The Snowmen, on peut clairement affirmer que l'anglaise vampirise notre attention. Ecrasante de charisme, Clara est un personnage survolté et, clairement, imprévisible. Certaines scènes frôlent le génie, comme lorsqu'elle débarque sans prévenir dans le coche du Docteur, par le toit, ou lorsqu'elle doit prouver au spectateur son intelligence et son audace, via deux séquences fantastiques. Dans la première de ces séquences Clara subit un interrogatoire de la part de Madame Vastra. La jeune femme doit répondre aux questions qu'on lui pose, en un seul mot. Les réponses données (et donc l'écriture des dialogues), relève du génie, grâce à des propositions surprenantes et culottées. La seconde séquence à même de démontrer que Clara ne sera vraiment pas comme les compagnons précédents du Docteur est sa découverte du TARDIS. C'est plus petit à l'extérieur. Une phrase tellement évidente et inventive qu'elle résume à elle seule tout le personnage. Bien entendu, Clara sera au centre de l'arc narratif qui s'annonce, étant donné qu'elle est la femme qui est morte deux fois (dans Asylum of the Daleks et dans cet épisode). Il semble que la seconde partie de la Saison 7 nous fera suivre les aventures d'une troisième version de Clara, une Clara issue du présent. Malheureusement, à part spéculer, nous ne pouvons pas en dire grand chose de plus pour l'instant.

Une autre force de cet épisode est sa construction narrative. Deux possibilités à la vision de The Snowmen. Soit vous êtes un vieux de la vieille, connaissant les aventures du Docteur sur le bout des doigts et buvant votre café dans un mug Ange Pleureur, soit vous découvrez la série et son charme particulier. Dans le premier cas, l'épisode enchaînera les surprises (via Clara et ses réactions, mais aussi via ses références - nous y reviendrons). Dans le second cas, la plongée dans cet univers fascinant se fera tout en douceur car, durant le début de l'épisode, celui-ci se concentre sur Clara et sa découverte du Docteur. Ainsi, le spectateur novice croisera un par un les différents éléments propres à Doctor Who. Le mystère qui entoure cet étrange personnage désabusé, le TARDIS, le Docteur lui-même. En ce sens, The Snowmen est un excellent épisode d'introduction, comme l'a été The Eleventh Hour en son temps. Cependant, en plus d'être un point d'entrée efficace, The Snowmen est un conte tragique. Pas un conte ou une histoire enjolivée à la Disney, non, un vrai conte, comme ceux d'Andersen ou de Grimm. L'issue de l'histoire est tragique - la mort -, même si l'épisode renferme plusieurs plans oniriques délicieux. On pense bien sûr à cette vision enchanteresse de cet escalier qui tournoie dans le ciel londonien, et qui mène à un doux nuage sur lequel se repose le TARDIS.

Visuellement, l'épisode de Noël ne déroge pas à la règle et démontre le soin apporté à la direction artistique. Les tons sont toujours sombres, à l'instar du reste de la série, tandis que les teintes se rapprochent de ce qui a déjà été fait pour les deux derniers Christmas Special. Depuis l'ère Moffat, un soin tout particulier a été apporté à la photographie et au rendu visuel des épisodes. Certains plans sont alors l'occasion pour l'équipe de préparer des images sublimes, comme ce panorama d'ouverture que l'on retrouve au début de The Snowmen, qui étale un jardin enneigé au coeur duquel jouent des enfants. La reconstruction historique est elle aussi réussie, grâce à des décors envoûtants et des costumes respectueux. Mention spéciale à l'apparition hilarante du Docteur, déguisé en Sherlock Holmes, qui constitue d'ailleurs un clin d'oeil astucieux à l'autre série de Moffat, Sherlock. Le design des ennemis (discrets) de cet épisode est lui aussi plutôt réussi, malgré un manque flagrant d'originalité. Les bonhommes de neige menaçants qui poursuivent le Docteur et sa troupe font fortement penser à Monsieur Jack, de Tim Burton, tandis que la gouvernante de glace n'est pas sans rappeler les Anges Pleureurs. Toutefois, il est clairement évident que les ennemis ne sont pas l'attraction principale de The Snowmen, malgré la présence de Richard E. Grant ou de Ian McKellen. L'épisode est, évidemment, un Clara' Show. Tout gravite autour de la belle, le Docteur lui-même devenant parfois totalement superfétatoire. Le Seigneur du Temps ne retrouvera sa prestance qu'au cours de la seconde partie de l'épisode, mais Clara ne restera pas sur le côté de la scène. En ce sens, ce dernier épisode est une introduction de ce qui nous attend à l'avenir dans Doctor Who. Le compositeur Gold Murray répond une fois de plus à l'appel et signe, à nouveau, une partition féerique. Les détracteurs continueront de détester, car les motifs récurrents de l'artiste sont bel et bien de retour, choeurs à l'appui. Aussi, le désormais incontournable thème "I am the Doctor" signe son retour, accompagné de quelques variations adaptées à l'épisode. A part ça, Murray compose des mélodies cristallines, en adéquation avec le contexte de cet épisode, tout en développant des thèmes d'ambiance discrets mais rassurants. Du travail toujours bien fait de ce côté-là.

The Snowmen est un virage dans l'histoire du Docteur. Un virage parce qu'il introduit (une seconde fois) la nouvelle compagne de Matt Smith, mais aussi parce qu'il amorce l'année 2013 et donc, forcément, l'anniversaire des cinquante ans du Docteur. De ce fait, The Snowmen est un savant mélange entre modernité et hommage. Ce n'est pas par hasard que la date de naissance de Clara est le 23 novembre (date de la première diffusion de Doctor Who), ou que son décès survient lors de ses 26 ans (nombre d'années après lesquelles le show a été annulé par la BBC). Ce n'est pas par hasard que le générique et le TARDIS font peau neuve, et ce n'est pas hasard que deux lettres hantent littéralement l'épisode: G et I. Si ces lettres ne disent rien aux nouveaux spectateurs de la série, c'est parce qu'elles désignent un ennemi du Docteur présent dans l'ancienne version du show: Great Intelligence. La Grande Intelligence est aussi appelée Yog-Sothoth, et désigne une créature désincarnée à la recherche d'un nouveau corps. Cet ennemi est déjà apparu dans le vieil épisode The Abominable Snowmen ainsi que dans The Web of Fear, dont l'intrigue se déroulait au coeur du métro de Londres (un clin d'oeil à ce sujet apparaît clairement dans The Snowmen). On ressent donc une volonté constante de faire revenir sur le devant de la scène des éléments qui appartiennent à l'ancienne série, afin de célébrer au mieux ce fameux cinquantième anniversaire. Nous verrons si cette volonté de remettre au goût du jour l'ancien show se retrouvera encore dans la seconde partie de la Saison 7.

Enfin, et c'est le paragraphe culture, il faut savoir que cet épisode de Noël est inspiré d'une célèbre nouvelle, The Snowman, écrite par Raymond Briggs. Cette histoire raconte le voyage d'un bonhomme de neige qui prend subitement vie, en pleine nuit. L'épisode de Doctor Who reprend le personnage et certaines références, mais stoppe ici son inspiration. De son côté, le nom de Clara n'a probablement pas été choisi au hasard. Saint Oswald et Saint Oswin sont deux martyrs dont le sort, malgré leur dévotion et leur bonté, n'est pas sans rappeler le tragique destin qui attend Clara à chacune de ses incarnations. Affaire à suivre.



Avec The Snowmen, Doctor Who met le pied dans une nouvelle ère. Une ère charnière dont le but sera de  rendre hommage de la plus belle des manières à cette série incontournable. En proposant une trame finalement légère, allègrement portée par des personnages et des dialogues magnifiques, Steven Moffat réalise une introduction à la fois magique et grave pour cette nouvelle époque qui se déroule devant nous. Une nouvelle fois, il faudra s'armer de patience pour retrouver le Docteur, à nouveau sur les rails, et la pétillante Clara, qui s'est déjà emparée du coeur des spectateurs.

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