DW 08x02 - Into the Dalek


Cet article traite de l'épisode 2 de la Saison 8 de Doctor Who.
Il contient des spoilers.

Le second épisode d'une saison est toujours difficile à mettre en place, étant donné qu'il a pour but de confirmer (ou d'infirmer) les éléments établis lors du premier épisode. Aussi, afin établir clairement le nouveau caractère du Docteur, suite à sa régénération, l'équipe a décidé de confronter le personnage à ses ennemis de toujours, les Daleks. Ces ennemis étaient très présents au cours des quatre premières saisons, ils étaient d'ailleurs les antagonistes des épisodes finaux des saisons une, deux et quatre. La saison trois accueillait cependant un double épisode leur étant entièrement consacré. L'overdose pouvait poindre, malgré la qualité exceptionnelle du final de la Saison 4, c'est pourquoi les têtes pensantes qui se cachent derrière Doctor Who avaient un peu mis ces adversaires de côté. S'ils sont revenus en force pour les cinquante ans de la série, anniversaire oblige, les scénaristes les avaient même évincés quelques temps de la saga, via l'épisode Asylum of the Daleks, le premier de la Saison 7, au cours duquel le Docteur se débarrassait de ses adversaires pour un bon moment. Into the Dalek réintroduit donc les créatures, à travers une intrigue qui pioche allègrement ses sources dans d'autres épisodes de la série, pour mieux s'en éloigner cependant.


Ainsi, au cours de la Saison 1, le Docteur découvrait un Dalek retenu prisonnier par un collectionneur d'étrangetés et autres objets aliens. Cependant, dans l'épisode qui nous intéresse aujourd'hui, le Docteur rencontre un Dalek qui semble bon. Un Dalek déconnecté de la conscience collective de son espèce. C'est alors que débute un étrange voyage pour le Docteur, sa compagne Clara, et une équipe de soldats: se faire miniaturiser dans le but de visiter les entrailles du monstre. Ce scénario fait bien évidemment penser à des classiques du cinéma fantastique des années 80, le plus connu étant L'Aventure Intérieure de Joe Dante. En découle alors un voyage au sein de l'inconnu, bardé de surprises et de recoins improbables à découvrir. Bien entendu, la petite équipe d'explorateurs devra surmonter bien des dangers, comme les anticorps du Dalek, tandis qu'une question ne cessera de hanter le Docteur: le Dalek est-il vraiment devenu bon, et si oui, pourquoi ?

Mais avant de répondre à cette question, les scénaristes nous présentent un nouveau personnage, essentiel à cette Saison 8, le dénommé Danny Pink, un collègue enseignant de Clara. Rapidement, le spectateur découvre que Danny est un ancien soldat, hanté par un traumatisme lié à la guerre. Il est clairement insinué que l'ex soldat a tué des gens, et que cet acte l'a marqué considérablement. Globalement, il y a deux thèmes majeurs qui ressortiront au cours de cette saison: la mort (et ses conséquences sur les vivants), mais aussi la nature des soldats (et plus globalement: l'identité par rapport à sa fonction). Mais nous aurons tout le temps de développer tous ces thèmes lors du bilan de la saison. Il est cependant intéressant de noter le nom de ce nouveau personnage: Pink (la couleur rose en anglais). Ce nom de famille résonne comme un nom de code, interchangeable, correspondant à sa nature de soldat. De la même manière, un autre personnage de l'épisode, un autre soldat, est une femme appelée Blue (bleu). Comme si les scénariste voulaient souligner le fait que les soldats perdent leur individualité lorsqu'ils appartiennent à une armée.

La grande interrogation de l'épisode, outre la nature du Dalek, reste cependant le Docteur lui-même. Comme précisé un peu plus tôt, cet épisode a pour but de faire le point sur la nouvelle personnalité du personnage principal de la série. Une scène en particulier ressort, une scène qui sera le fil rouge de la saison. Le Docteur et Clara sont assis sur les escaliers de la pièce centrale du TARDIS. Là, le Docteur demande à sa compagne de voyage si elle pense qu'il est un homme bon. Celle-ci lui répond qu'elle n'en sait rien. Ce qui est logique étant donné que Clara représente le spectateur, qui ne sait comment se positionner face à nouveau Docteur. Et ce n'est pas cet épisode qui va apporter une réponse définitive, tant les scénaristes s'amusent à faire du personnage un individu flou et imprévisible, incapable d'appréhender les comportements sociaux humains les plus élémentaires. Plusieurs scènes fortes hantent alors l'épisode, des séquences durant lesquelles le Docteur devient un personnage complètement différent que ce que nous connaissions depuis la Saison 1. L'exemple le plus évident intervient lorsque l'équipe se confronte pour la première fois aux anticorps du Dalek, des sortes de boules métallisées volantes équipes d'armes mortelles. Lorsque débarquent ces engins, l'un des membres de l'équipe (un épisode secondaire chair à canon, en somme), leur tire dessus avec son arme. Le Docteur lui hurle dessus, tandis que les anticorps se mettent à voltiger autour du personnage d'une manière menaçante. Le Docteur dit alors au soldat de se calmer, de manger ce qu'il lui donne, et de lui faire confiance. Le soldat s'exécute, puis l'un des anticorps le désintègre complètement. Le Docteur avoue ensuite s'être servi de la mort de son coéquipier, de manière à lui faire avaler une sonde, et qu'il n'avait aucune intention de le sauver étant donné qu'il était déjà condamné. Un peu plus tard, les personnages chutent au milieu d'une mare répugnante, à la texture étrange et repoussante (une scène qui n'est d'ailleurs pas sans évoquer l'épisode IV de Star Wars, Un Nouvel Espoir). Le Docteur explique alors qu'il s'agit des restes humains, nettoyés par les anticorps. Blue, une femme soldat qui accompagne le Docteur et Clara, demande alors si son coéquipier précédemment tué est là-dedans. Le Docteur avoue que oui, et précise même qu'il est la couche supérieure de cette gelée infâme, et que Blue n'hésite pas si elle veut lui dire quelques mots.

Comment se dire que ce personnage détestable est bien la même personne qui s'entêtait à sauver les humains quelques épisodes plus tôt ? Ces moments perturbants côtoient les instants de bravoure parmi lesquels le Docteur parvient à sauver tout le monde. Aussi, il sera difficile de se faire une opinion durant cet épisode, une intrigue qui risque de durer jusqu'au final de la saison. Aussi, l'épisode se consacre alors au Dalek et s'achèvera sur la créature partant combattre ceux de son espèce. Ainsi, l'épisode aborde le thème de l'identité. Ce Dalek, ce soldat céleste sensé être semblable à ses millions de congénères, s'émancipe finalement. Il n'est plus ce qu'il doit être, il est ce qu'il veut être. Il se définit alors par son choix. Ceci fait bien évidemment écho au Docteur lui-même, qui agit comme un être odieux, même s'il semble que ce soit par nécessité. Et si le Docteur était mauvais ? Une théorie que semble appuyer le Dalek, en annonçant au Seigneur du Temps que ce dernier ferait justement un bon Dalek.


L'épisode est traversé de bons moments, comme l'introduction de Danny Pink, la découverte du corps du Dalek, ou le final lorsque le Docteur pirate l'esprit de son ennemi, et partage avec lui quelques visions de la beauté de l'univers. La mise en scène présente un gros plan sur le visage du Docteur, tandis que l'arrière plan est envahi par des images du cosmos de toute beauté, le tout supporté par les compositions savantes, quoi qu'un peu discrètes, du fidèle Murray Gold. Quoi qu'il en soit, Into the Dalek brouille clairement les cartes, tout en proposant une aventure rythmée et riche en surprises et scènes inattendues. La trame de base s'efface rapidement pour proposer quelque chose d'un peu plus audacieux, tandis que les personnages prennent clairement de l'ampleur. Que ce soit en bien, ou en mal.

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